Donald Trump a annoncé en juillet 2025 une décision majeure : supprimer l’Endangerment Finding, pilier juridique de la politique climatique américaine.
Ce texte, adopté en 2009 sous Obama, permettait à l’EPA de réguler les émissions de gaz à effet de serre (GES). Il reconnaissait officiellement que ces gaz représentent un danger pour la santé publique et le bien-être des citoyens américains. Il s’appuyait sur un arrêt de la Cour suprême de 2007, Massachusetts v. EPA, une décision fondatrice pour le climat. Grâce à ce texte, l’EPA avait pu encadrer les émissions des centrales, des véhicules et des grandes industries polluantes.
Trump justifie une mesure « pro-industrie »
Pour Trump, cette régulation nuisait à la croissance économique américaine, en « étranglant » l’industrie par des normes coûteuses. Ses conseillers estiment que la suppression de cette base juridique relancera l’investissement et renforcera la compétitivité nationale. Le président veut encourager les secteurs fossiles comme le charbon, le gaz et le pétrole, qu’il juge essentiels à l’Amérique. Il présente cette décision comme un acte de souveraineté économique face aux normes imposées par « la gauche verte ». Mais cette décision pourrait avoir des conséquences lourdes et durables pour l’action climatique aux États-Unis.
L’EPA désarmée sans sa base juridique
En supprimant l’Endangerment Finding, l’administration prive l’EPA de son fondement pour limiter les émissions à grande échelle. Cela concerne aussi bien les centrales électriques que les voitures thermiques ou les industries lourdes comme l’acier ou le ciment. L’EPA ne pourra plus fixer de plafonds contraignants sans nouvelle loi adoptée par le Congrès. Or, une telle loi semble difficile à faire voter dans un paysage politique très polarisé. Résultat : toute régulation fédérale ambitieuse devient juridiquement très incertaine, voire impossible à court terme. Même si une future administration démocrate voulait agir, elle repartirait presque de zéro.
Une réaction immédiate des États et des ONG
La Californie, le Massachusetts, l’État de New York et plusieurs ONG ont déjà annoncé des recours en justice. Ils accusent Trump de nier les faits scientifiques établis et de menacer la santé publique et climatique des Américains. Pour eux, cette décision viole le devoir constitutionnel de protection de l’environnement et du bien-être des citoyens. Les opposants rappellent que les États-Unis restent théoriquement engagés dans l’Accord de Paris. Mais Trump refuse de reconnaître cet engagement, qu’il juge inutile et désavantageux économiquement. La bataille judiciaire s’annonce longue, et pourrait remonter jusqu’à la Cour suprême.
La politique de Trump cohérente avec son premier mandat

Cette mesure s’inscrit dans une suite logique d’attaques contre la politique environnementale depuis 2017. Lors de son premier mandat, Trump a supprimé ou affaibli plus de 100 règles et protections environnementales. Il a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris en 2020, provoquant un tollé international. Il a annulé le Clean Power Plan, qui prévoyait une réduction progressive des émissions des centrales électriques. Ce plan a été remplacé par une règle beaucoup plus souple, favorable à l’industrie du charbon. Il a aussi affaibli les standards de consommation des véhicules, les rendant moins exigeants sur l’efficacité énergétique. Il a tenté d’empêcher la Californie d’imposer ses propres normes automobiles plus strictes. Le bras de fer juridique entre cet État et l’administration fédérale a duré des mois.
Trump ouvre Des zones naturelles à l’exploitation
Trump a aussi autorisé l’exploitation pétrolière dans des zones auparavant protégées, comme l’Arctic National Wildlife Refuge. Il a réduit la taille de plusieurs parcs nationaux, facilitant l’accès aux activités minières et extractives. La Clean Water Rule, qui protégeait les petits cours d’eau et zones humides, a été largement démantelée. Cela a bénéficié aux exploitants agricoles et aux industriels, mais fragilisé de nombreux écosystèmes.
Une stratégie à contre-courant de l’opinion publique

Une majorité d’Américains souhaitent davantage de mesures pour lutter contre le dérèglement climatique. Selon un sondage Gallup de juin 2025, 62 % estiment que le gouvernement ne fait pas assez pour l’environnement. Ce chiffre atteint 75 % chez les jeunes adultes et les habitants des grandes villes. Même dans certains États conservateurs touchés par des catastrophes climatiques, l’opinion évolue rapidement. Incendies géants, canicules prolongées et inondations renforcent la prise de conscience dans tout le pays. Trump continue malgré tout à défendre une ligne dure, hostile à toute régulation perçue comme un frein économique.
Les grandes entreprises ne suivent pas toujours
De nombreuses entreprises américaines conservent des objectifs climatiques malgré les reculs fédéraux. Ford, GM, Amazon ou Microsoft poursuivent leurs engagements de réduction carbone, sous pression de leurs clients et actionnaires. Le secteur privé joue ainsi un rôle croissant dans l’action climatique nationale. Mais sans cadre fédéral solide, ces initiatives restent inégales et non contraignantes. Elles ne peuvent pas compenser l’absence d’une politique coordonnée et ambitieuse à l’échelle du pays.
Une décision à portée historique
Supprimer l’Endangerment Finding revient à retirer la clé de voûte de toute régulation climatique américaine. Si cette suppression tient face aux recours, elle paralysera l’action de l’EPA pendant plusieurs années. Les États-Unis risquent de voir leurs émissions repartir à la hausse, malgré les alertes des scientifiques. Le GIEC appelle à réduire de moitié les émissions mondiales d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Cette trajectoire devient inaccessible si la première économie mondiale refuse de jouer son rôle. Trump privilégie une vision productiviste, indifférente aux limites environnementales et aux données climatiques. Il mise sur l’économie fossile, au prix d’un retour en arrière écologique d’ampleur historique.
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